Réseau Forum des Droits Humains

à Orléans, faire avancer les droits de toutes les personnes humaines

La guerre des métaux rares

(par Guillaume Pitron, mardi 8 octobre 2019, auditorium Marcel Reggui, Orléans)

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Ce mardi 8 octobre, dans le cadre du RFDH et de sa thématique : « Transitions : le pire ou le meilleur pour le respect des Droits Humains », l’association Esperanto, représentée par Pierre Dieumegard et Marcelle Provost, a organisé avec ses partenaires, La Société des Amis de l’Huma (Jean Philippe Roinel) et le Mouvement de la Paix d’Orléans (Viviane Bichet), ce colloque sur « La guerre des métaux rares » (titre de son livre) présenté par Guillaume Pitron, journaliste pour le Monde Diplomatique, Géo ou le National Geographic.

Nous avons accueilli une cinquantaine de personnes.

Connaissez-vous le point commun entre :

Un smartphone, une hybride (pour les intimes), une éolienne et un panneau voltaïque ?

C’est le néodyme, le cobalt, le chrome, le lithium, les terres rares, le silicium… (voir le tableau).

Ces métaux que l’on trouve en abondance par exemple en Chine, en République Démocratique du Congo, au Kazakhstan, en Amérique Latine, sont appelés « métaux rares ».

Ils sont importants : ils sont appréciés et convoités pour leurs extraordinaires propriétés magnétiques, souvent transformés en puissants aimants de plus en plus miniaturisés. Ils sont ainsi utilisés par les nouvelles technologies, dites « vertes » ou les « green tech ». Ils permettent de limiter entre autres l’empreinte carbone. Nous n’avons plus besoin d’utiliser l’énergie fossile et nous pouvons ainsi développer nos énergies liées, au vent, au soleil ou à l’électricité.

Ils sont rares : Guillaume Pitron, nous apprend qu’il est extrêmement difficile d’extraire (voir la parabole de la fabrication du gâteau au chocolat) et de recycler ces métaux rares. Pour l’instant, cette dernière étape à un coût. En fait, Il est plus juste de dire que si l’on ne peut pas faire, c’est que l’on ne veut pas faire !

Cette nouvelle transition énergétique qui sera donc métallique a également un coût écologique. Ces énergies renouvelables qui sont, par exemple, la batterie de la voiture hybride ou l’éolienne, utilisent des ressources non renouvelables, aux stocks finis.

Mais est-il possible de consommer sans consumer ? De façon lapidaire, pour faire du propre, il faut faire du sale !

Guillaume Pitron nous a montré des photos, prises dans différents pays (Chine et RDC) où nous pouvons voir des mines à ciel ouvert, saturant l’air de ses poussières et dont les premières victimes sont les ouvriers (adultes comme enfants non protégés, ou sommairement, des effluves toxiques), travaillant pour des salaires de misère ; sans oublier les populations vivants aux abords des mines, subissant la pollution de l’air, de l’eau (par les rejets toxiques) et du sol (impossibilité dans ces conditions d’envisager une culture vivrière) et mettant en péril leur santé !

C’est un coût social important pour ces sociétés, déséquilibrant ainsi le tissu social et familial par des déplacements inévitables des populations par, au mieux, la préemption de leurs terres, au pire, par la spoliation de celles-ci, manu militari. N’omettant pas, non plus, l’opacité qu’engendre ce type de production sur ses conditions de travail et d’extraction.

C’est un coût économique et politique. Notre économie virtuelle, reposant sur des objets comme, entre autres le smartphone ou l’ordinateur, dépend de ressources tangibles, même si ces produits émettent moins de gaz à effet de serre.

Mais qu’en est-il de notre politique économique et de l’équilibre géopolitique ? Ne remplace-t-on pas une dépendance (charbon : pays européens, pétrole : pays de la péninsule arabique) par une autre dépendance (métaux rares : Chine, voire d’autres pays) ?

La Chine, par le jeu économique et politique se retrouve ainsi avec un leadership minier, pendant que les industries des pays européens et étatsuniens font du « greenwashing », en renonçant à leur indépendance minière et en occultant le fait que ce soient les pays pauvres ou émergents qui font le sale boulot. Nos industries se félicitent, elles, d’être vertueusement plus vertes !

La Chine, riche de cette matière première, impose ainsi ses quotas aux industries qui s’installent sur son sol, et diffuse, vend ces produits finis, au monde (elle fournit 62% des batteries électriques). Guillaume Pitron pense ainsi que la transition énergétique sera donc métallique mais sera aussi, avant tout chinoise.

Nous pouvons constater qu’avec ce modèle de production (avec ses corollaires : pouvoir, argent, rentabilité, opacité, corruption, violence), il n’y a jamais de pénurie car il y aura toujours la possibilité de substitution. Pour quel coût, quel impact, d’autant que celui-ci, dans ce système, augmente à chaque nouvelle transition énergétique ?

Avons-nous fait les bons choix technologiques ? Sont-ils aidants et/ ou résilients pour l’espèce humaine et son environnement ?

Guillaume Pitron propose quatre solutions (sont-elles exhaustives ?) :

• Connaître la vérité écologique des technologies en se renseignant et en imposant à tous les produits « l’indice d’intensité matériel ». C’est une chose de gagner en pouvoir d’achat mais s’en est une autre de ne pas perdre en savoir d’achat !

• Assurer la traçabilité de la matière première (cf à la géopolitique des énergies renouvelables qui entraîne un rééquilibrage des pouvoirs en place et donne toujours un monde sous-tension).

• Rationaliser les ressources grâce à l’économie circulaire.

• Agir sur nos modes de consommations.

Le capitalisme n’est pas un bon système pour régler cette transition. Il donne des sociétés et des états de l’instant, sans stratégie qui empêche le temps long et donc la réflexion.

Ces transitions, énergétique et numérique, ne peuvent et ne doivent être que transitoires. En effet, plus nous développerons des technologies, liées, notamment au numérique, plus nous serons amenés à développer et utiliser de l’énergie renouvelable, plus cela, amplifiera le problème des ressources notamment celles des métaux rares.

Ce ne seront pas que les technologies qui nous sauveront. Nous sommes plus que cela ! La question que nous devons nous poser est :

Quelle nouvelle histoire civilisationnelle, voulons-nous ?!






Dernière modification le 09/11/2019

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